LES
PUITS
Femmes
et enfants parcourent souvent 15 Km à pied par jour pour recueillir les 5
litres d'eau nécessaires à la subsistance et à l'hygiène.
Disposant
d'une margelle en bois au niveau du sol, sans consolidation,
les puits traditionnels s'ensablent rapidement et sont facilement
contaminés par les animaux.
Les puits construits avec l'aide de VIA SAHEL sont cimentés, équipés de hautes margelles et de chicanes pour empêcher les animaux d'approcher. Des abreuvoirs sont installés tout autour et des arbres plantés pour créer des espaces d'accueil.

Un puits revient à environ 2000 euros. Il est réalisé en partenariat entre les villageois et VIA SAHEL. A ce jour, 70 puits ont été creusés , leurs emplacement figurent sur la carte.
POURQUOI FAIRE UN PUITS BUSE ET CIMENTE ?
Puits
traditionnel
Les puits existants font 2,00 m diamètre. Ils sont creusés dans un sol
sableux dont l’entrée est simplement équipée de rondins de bois. L’eau
est extraite par des outres, faites a partir de chambre à air ou de cuir (coût :2
000 CFA), reliées à des cordes (coût :800 CFA) en écorce de baobab ou
à partir de sisal (espèce de cactus à feuilles longues). Parfois une poulie
(2 000 CFA) facilite ce travail.
La contamination de l’eau est due principalement aux cordes et outres qui traînent
dans les déjections des animaux qui viennent s’abreuver à proximité.
Pour ces raisons, aider les villageois à aménager un puits busé en ciment qui ne risque pas de s’effondrer, suffisamment profond pour donner de l’eau en quantité toute l’année, et équipé d’une double margelle de propreté et de sécurité, est indispensable.
Seul un puits fermé, équipé d’une pompe garantit une qualité bactériologique
optimale de l’eau. Le problème de ces ouvrages est que le débit d’eau
extrait est beaucoup plus faible qu’un puits ouvert où quatre personnes
peuvent simultanément utiliser leur outre. Or, dans le pays Dogon les puits
sont rares et alimentent souvent de nombreuses familles.
De ce fait les premières tentatives faites par Via Sahel pour obturer
l’ouverture de ces puits et les équiper de pompes se sont révélées
infructueuses et ont été rejetées rapidement par le village qui a repris son
système traditionnel.
Toutefois, il n’est pas exclus à moyen terme, d’aménager un second puits
avec une pompe qui fournira l’eau potable, alors que le puits ouvert sera réservé
au bétail, à la lessive et la toilette.
COMMENT SE FAIT UN PUITS ?
Le village fait une demande d’aide auprès de Via Sahel pour l’aménagement d’un puits. Pour cela il rencontre le permanent de VIA SAHEL au pays Dogon : Alain Vallet qui réside à SANGHA sur la falaise de BANDIAGARA.
Alain visite alors les villages et établit une liste des demandes, puis en compagnie de Jean Marie NOSAL président de la fédération VIA SAHEL les trie par ordre de priorité.
Lorsque le village est sélectionné Via Sahel lui demande une caution de 100
000 CFA (soit 150 euros).
Cette caution servirait à dédommager les 2 puisatiers si le village ne mettait
pas à disposition l’équipe convenue pour participer aux travaux. Il serait
alors retenu 10 000 CFA par jour. Cette situation n’est à ce jour jamais
arrivée.
La localisation du puits est déterminée par le village.
Le village est chargé d’apporter sur le lieu du puits, le sable et les
graviers qui seront utilisés pour le béton. Le transport se fait par charrette
à âne à la fin de la saison des récoltes, fin décembre ou début janvier.
Via Sahel rassemble alors les matériaux de construction (sacs de ciment, et
fers) sur un point central, (généralement le village de Madougou ou le pied de
la falaise pour les travaux en plaine, et la maison d’Alain Vallet pour les
travaux sur le plateau) où le village ira également les chercher.
Le village fournit chaque jour 10 ouvriers, parmi lesquels 2 creusent à la pioche au fond du puits durant 2 à 4 heures. 2 sont au repos en attendant de descendre, et 6 autres extraient les gravats à l’aide d’une corde et d’une outre.
10 autres hommes sont nécessaire à chaque fois qu’il faut soit descendre soit remonter les ouvriers à l’aide de 3 cordes de baobab. Le contour du puits est aménagé de rondins de bois. Un homme est chargé de verser de l’eau sur les cordes à l’endroit ou elle frotte sur ces rondins afin de limiter leur température.
2 femmes du village sont chargées de nourrir les 2 puisatiers
Le village doit aussi préparer les briques de banco (argile + paille) qui
seront utilisées pour réaliser la margelle et le mur de propreté extérieur.
Au fur et à mesure de l’avancement, de 0,5 à 1 mètre par jour en
fonction de la dureté des sols, les maçons couvrent les parois d’une couche
de 5 cm de béton armé. Généralement on creuse le matin et on cimente l’après-midi.
Le béton est projeté sur un ferraillage constitué de fers verticaux de 8 mm
diamètre et de fers horizontaux de 6 mm de diamètre. Entre deux fers verticaux
l’espacement est de 30 cm et de 50cm entre deux fers horizontaux. Le tout est
fixé par du fil de fer. Les fers sont maintenus à 2 cm de la paroi par des
clous. L’extrémité des fers verticaux est recourbée en crochet pour y
suspendre les fers du dessous.
Le ciment est commandé à des grossistes du Burkina Faso ou de Bamako par 10
à 12 tonnes. Le coût en 2002 était de 93 000 CFA par tonne En 2003, la guerre
en Côte d’Ivoire l’a porté à 140 000 CFA par tonne. Le transport revient
à 12 500 CFA.
Les fers sont achetés par barres de 12 mètres, au prix de 1700 CFA pour du
diamètre 8et 900 CFA pour du diamètre 6. Le rouleau de fil de fer coûte 4000
CFA.
VIA SAHEL dispose d’un chef puisatier, originaire d’un village de la
plaine : Ireli .
De ce même village sont originaires les autres puisatiers. A ce jour, 10 équipes
de 2 puisatiers sont à l’œuvre.
Leur salaire est de 2 000 CFA/ jour pour les maçons et de 1 000 CFA/ jour pour
les aide maçons.
En moyenne, la répartition du coût d’un puit est la suivante :
* Main d’œuvre : 30% du prix final
* Ciment: 50% du prix final
* Fer, fil de fer, déplacement pour suivi des travaux: 17% du prix final
* Equipement (achat de moules pour cimenter les puits, d’un marteau piqueur,
…): 3% du prix final
Lorsque la nappe est atteinte, les sols deviennent humides, ce qui empêche de
projeter simplement le ciment.
Il faut alors utiliser des moules en acier en 4 parties, boulonnées une fois en
place. Ces moules font 0.5 m à 1 m de haut pour un diamètre intérieur de
2.00m.
Le diamètre de creusement doit alors être de 2.40 m pour pouvoir injecter le
ciment derrière les moules.
Le prix d’un moule en 4 parties est de l’ordre de 100 000 CFA.
Aujourd’hui, en l’absence de moyen d’exhaure pour vidanger le fonds du
puits, c’est la présence de l’eau qui empêche de cimenter et qui détermine
donc l’arrêt des travaux, ce qui limite la profondeur du puits.
La profondeur maximale est atteinte juste avant les premières pluies de mai.
L’acquisition d’un moyen d’exhaure pourrait faire l’objet d’un futur
investissement..
Au maximum, on arrive à creuser de 5 m après avoir rencontrer les premières
traces d’humidité (plafond de la nappe).
Lorsque la roche empêche de continuer à la pioche, Via Sahel apporte les
moyens nécessaires pour progresser :
* dynamite (5 bâtons/mètre creusé, soit 10 000 CFA/ mètre creusé).
* Un compresseur et un marteau piqueur, dont la location est de l’ordre de 7
500 CFA/jours.
L’épaisseur de roche à enlever est un paramètre très important dans le coût
de réalisation de ce puits.
Si le puits reste en eau au plus fort de la saison sèche il est considéré comme achevé, dans le cas contraire l’équipe de puisatiers doit revenir quand la nappe est au plus bas pour sur-creuser.
Aujourd’hui le coût d’un puits Via Sahel est de l’ordre de 2
500 CFA par mètre de profondeur. Soit 2 à 5 fois moins cher que les coûts des
grosses structures de coopération.
Il faut à peu près 90 jours de travail, 90sacs de ciment, 55 barres de 12 mères
en diamètre 8 et 65 en diamètre 6. Les travaux commencé début janvier
s’achèvent mi avril, début mai.
DESCRIPTION D’UN PUITS Via Sahel
Le
puits fait 2,00 mètres de diamètre (ce qui permet à
deux ouvriers de piocher simultanément).
Sa profondeur varie de 40 à 70 m.
Une fois le puits creusé et les parois bétonnées,
une margelle de sécurité est construite en briques de banco puis
cimentée.
Sa hauteur est de l’ordre de 80 cm et son épaisseur de 20 cm
environ.
Autour de la margelle le sol est bétonné pour constituer une aire de
propreté de 6 mètres de diamètre dont l’extérieur est ceinturé par
un muret en briques de banco cimenté. Deux accès sont pratiqués diamétralement opposés. Cet espace fermé au bétail permet de préserver une certaine propreté aux abords du puits et d’éviter ainsi la pollution de celui-ci via les cordes et les outres. Les cordes remontées du puits ne se saliront pas en traînant dans les déjections animales et ne pollueront pas le puits quand elles y seront renvoyées.
Deux potences faites de troncs d’arbres sont scellées dans le sol bétonné de l’aire de propreté. Ces poutres serviront à accrocher les poulies utilisées pour remonter plus facilement les outres pleines d'eau et limiter l’usure des cordes.
Lorsque le puits est terminé quatre à cinq personnes peuvent en même temps
utiliser leur outre pour extraire l’eau. En moyenne, Via Sahel considère
qu’un puits peut subvenir aux besoins en eau de 350 à 400 habitants.
Les villageois n’admettent pas que les cordes et les outres restent sur le
puits. Chaque famille dispose des siennes et les reprend dans sa concession une
fois l’eau extraite.
Les animaux qui viennent s’abreuver constituent par leur déjections une
source d’engrais très appréciée des cultivateurs Dogons.
Ainsi, un puits qui donne beaucoup d’eau devient un enjeu économique pour le
village car les bergers peuls (ethnie nomade qui élève du bétail) viendront y
abreuver leurs bêtes et en remerciement laisseront la nuit leur troupeau à
proximité du puits.
On a même vu des Dogons faire la promotion de leur nouveau puits auprès de
bergers Peuls pour mieux capter cet engrais gratuit.
Une fois le puits réalisé, Via Sahel donne au village quelques dizaines d’arbres à planter à proximité du puits et qui pourront ainsi être arrosés dans les premières années. Les branches de ces arbres (balanzans, acacia, nîmes), originaires de la brousse, apporteront de l’ombre, du feuillage pour les chèvres et du bois pour la cuisine. Via Sahel vient alors l’année suivante payer le travail d’arrosage et de protection contre les chèvres à la hauteur de 200 CFA par arbre encore vivant. Le village peut également planter une vingtaine de balanzans, pour lesquels le travail d’entretien est rémunéré l’année suivante au même tarif.